L’IRAN et le PARADIS sont toujours jumeaux

25 avril – 23 mai 2017

 

Chère famille, chers amis,

Je viens par cette lettre vous remercier de votre présence, physique ou autre, aux festivités des 23 et 24 juillet 2016. C’est alors que vous avez appris que nous préparions un voyage en Iran.

La soirée, la nuit et la journée que nous avions passées près de la route menant à Mashad et Herat, au printemps 1973, forment l’un de mes plus chers souvenirs de l’Iran.

Cette année-là, nous avions voyagé six mois dans un Ford Transit britannique d’occasion : les deux premiers mois à travers l’Afrique du Nord et le Sahara, puis vers l’Asie en traversant la Turquie, l’Iran, l’Afghanistan, le Pakistan et l’Inde pour arriver au lac Manasbal, au pied de l’Himalaya – au Cachemire, qui est administré par l’Inde. Ce soir-là, Alma, David, Job, Adam et moi avions été invités par des hommes dans un café isolé. Ils nous ont offert du thé, joué de la musique et chanté. Nous avons fumé ensemble une espèce rare de haschisch tandis qu’ils chantaient : « Nous vous amènerons jusqu’aux portes du paradis, mais vous devrez entrer vous-mêmes. »

Le lendemain matin, ils emmenèrent Adam (7 ans), Job (9 ans) et David (11 ans) faire une promenade de quelques heures dans leur camion. Je n’avais pas le moindre doute que nos fils reviendraient sains et saufs.

Après 44 ans nous retournons dans ce même pays. Que je sois maudit si cette déclaration est fausse : l’Iran et le paradis sont toujours jumeaux. Non seulement les jardins, les mosquées, les textes calligraphiés, les poètes soufis comme Omar Khayyam, Saadi, Rumi, Hafez et Attar, les fêtes religieuses, la musique et les congrégations soufis – souvent suspectes aux yeux des oulémas – témoignent-ils de ce lien, mais aussi le cœur et l’esprit d’innombrables Iraniens – les pauvres plus que les riches. Les deux premières semaines, je ne savais pas si je pouvais en croire mes yeux. Cette phrase doit être interprétée littéralement, contrairement aux vers du Coran, qui se prêtent à différentes interprétations, comme tous les livres « saints ».

Tes yeux sont honnêtes…
déclara notre guide, Mohammed Jamshidi. Il nous emmena chez les nomades kachkaïs, parmi lesquels il a passé son enfance. La vie des nomades est extraordinairement difficile, particulièrement avec la menace constante de la sécheresse. Le sud de l’Iran compte un million de nomades. Deux jours avant notre arrivée, la famille de Mohammed avait installé une grande tente, tandis qu’une autre famille, avec des centaines de chèvres, poursuivait ses pérégrinations pendant encore trois jours avant de s’installer. Mohammad connaît les noms de tous les membres de ces deux familles. Je ressentis une certaine culpabilité en faisant mes adieux au père d’une famille qui nous avait montré ses tapis et offert thé et sucreries – parce que, dès le début, il était clair que nous n’allions rien acheter. Mohammed me rassura : « Non, tout va bien, tes yeux sont honnêtes, et ça se voit. »

Les yeux reflètent le cœur
Dès lors, j’ai osé faire confiance au regard des hommes et des femmes, et au mien. J’ai appris à regarder ces gens droit dans les yeux, pour découvrir ce qu’ils me laissaient voir. Les femmes encore plus que les hommes.
C’est une expérience merveilleuse que de voir comment les femmes – du moins la plupart – vous regardent, et de les regarder en retour avec respect et appréciation. En fait, je peux employer le mot « amour », car il s’agit bien de cela ! Les yeux racontent l’histoire du cœur, comme la poésie de Hafez Chirazi récite la triade L’amour, l’amant, l’aimé. Hafez est encore vivant ; dans le cœur de millions d’Iraniens, il n’est pas mort.
Le lien entre le cœur et l’esprit ouvre les portes du paradis. Ainsi chantaient les hommes du café : « Nous vous amènerons jusqu’aux portes du paradis, mais vous devrez entrer vous-mêmes. » L’Aimé vit dans le jardin avec les fleurs, les arbres et les oiseaux, mais aussi dans le café et le vin. Dans les pays musulmans comme l’Iran, où l’on ne trouve pas une goutte d’alcool, le vin demeure une métaphore pour Dieu, et Dieu est partout.

Vendredi matin 19 mai 2017
Shahram Pazouki, Miryam, son épouse, et Ameneh, l’assistant du Dr Pazouki, professeur de philosophie et études religieuses à l’Institut iranien de philosophie, viennent nous chercher à notre hôtel. Nous avions communiqué par courrier avant notre voyage. Pazouki : « Nous pourrions échanger nos idées, car nous avons beaucoup de sujets en commun. » Je réponds : Nous avons tous deux un intérêt personnel dans ce qui compte vraiment en philosophie : la sagesse et la compréhension. »
Le contact s’est fait grâce à un ami iranien commun.

Le khanqah
Shahram Pazouki nous a invités à une cérémonie dans le bâtiment où se rassemblent les soufis. Miryam et Ameneh apportent un tchador pour Colette. Les femmes et les hommes entrent dans le khanqah par des portes différentes, comme dans tous les lieux publics. Ce bâtiment est immense. Une grande salle à haut plafond est entourée de corridors et de cellules à différents niveaux, avec un espace central où des centaines de soufis se réunissent. Le bâtiment me rappelle la célèbre fresque de Raphaël L’École d’Athènes (1509), où l’on voit également un immense espace doté d’une place centrale pour Platon et Aristote. Ensemble, ils représentent la relation entre l’être humain, le ciel et la terre – Aristote, la terre, et Platon, le ciel, domaine de la réflexion et de la réalité transcendantes, au-delà de toute forme.

Pazouki s’assoit sur un escalier partant d’un couloir. Je m’assois à son côté tandis qu’il explique ce qui va se passer. Au début, un chanteur récite les noms des qutbs (maîtres) du sultan ni’matullahi Alishi Orde en commençant par le prophète Muhammad ibn Abdullah, suivi des douze imams, dix-sept cheiks, dix shahs, deux cheiks et onze fois Hadrath… et le dernier, Hazrat Hajj Dr. Nur Al Tabandeh Majd Hub Alishah. Puis il revient au premier être humain, Adam.

L’exposé par le chef de la confrérie soufi a été annulé pour cause de maladie (ou plutôt des oulémas). Le chantre commence à chanter des poèmes de Hafez Chirazi, tandis que des centaines de soufis méditent dans la grande salle, les galeries et les couloirs. L’acte de réciter et de chanter les noms des maîtres, en terminant par Adam, tandis que tout le monde écoute en silence, unifie tous ces noms et la poésie de Hafez. L’espace et les sons évoquent leur présence. Ils sont les prédécesseurs dans l’espace et le temps, ayant adhéré à un mode de vie exemplaire.

Le soufisme réfute la marche linéaire du temps de Barrow et de Newton
La vision du monde des soufis implique un espace illimité où tout ce qui existe se trouve dans le présent. Cette vision transforme la marche linéaire du temps d’Isaac Barrow (1683) et d’Isaac Newton en une spirale ascendante ou descendante. La différence de la perspective spatio-temporelle entre l’Orient et l’Occident devient évidente.

Justice, libéralité, modestie, contentement
Dans le Boustan (Le Verger), le poète Saadi a écrit, en 1257, des vers sur les vertus traditionnelles d’un Musulman : justice, libéralité, modestie, contentement.
Un an plus tard, Saadi entend des témoins visuels raconter l’histoire de la destruction de Bagdad par les envahisseurs mongols ilkhanides, sous les ordres de Hulagu. Saadi est capturé par les Croisés à Acre. Esclave, il travaille pendant sept ans dans les tranchées entourant la forteresse jusqu’à ce que les mamelouks versent une rançon pour libérer les Musulmans enfermés dans les donjons des Croisés.
Saadi a écrit en persan et en arabe.

Les Mongols au XIIIe siècle ; l’Occident aux XXe et XXIe siècles
Je parle ici des expériences de Saadi parce que l’histoire des Mongols au XIIIe siècle se répète aujourd’hui. Sept-cent-cinquante ans plus tard, le 9 avril 2003, Bagdad a connu un destin semblable aux mains de G. W. Bush et de Tony Blair. Tous deux ont menti à l’égard de l’Iraq face à son peuple, provoquant des dégâts dont le pays mettra une centaine d’années à se remettre, selon Amna Nusayr.
L’agression contre l’Iraq a eu lieu après que Saddam Hussein eut attaqué l’Iran, en 1980, afin de réprimer la « révolution islamique » de l’Imam Khomeini (1979), ceci avec le soutien des USA, alors qu’Israël vendait secrètement des armes à l’Iran. La guerre entre l’Iraq et l’Iran prit fin en 1988. La guerre civile en Syrie (2011-…) forme un nouveau chapitre dans le destin tragique du Moyen-Orient, où l’établissement de l’État d’Israël, en 1948, entraîna l’exode forcé de plus de 700 000 Palestiniens : le nettoyage ethnique de la Palestine par les Sionistes juifs. Le nom de cette catastrophe : Al-Naqba. Un accord de paix dans l’intérêt mutuel des Juifs et des Palestiniens semble plus éloigné que jamais.

En moi-même, je pleurais d’émotion
Après la cérémonie, Shahram demanda à Colette ce qu’elle avait ressenti. Elle répondit : « En moi-même, je pleurais d’émotion. » La sphère entre les femmes était d’une rare beauté.
J’ai ressenti la même chose à l’égard des hommes. Ils se saluaient ouvertement, chaleureusement, et s’embrassaient. Aucune trace de machisme, bien au contraire. Certains hommes, les mains jointes, se baisaient mutuellement les mains et la tête, plusieurs fois, comme des petits oiseaux se faisant des signes de tête.

Migrations du nord de l’Inde : de 6000 à 4000 ans avant J.-C.
Pour la première fois, je vois et comprends une autre facette du mode de vie patriarcal qui a pénétré l’Iran, le Moyen-Orient et l’Europe. Il remonte à des milliers d’années, par l’intermédiaire des migrations du nord de l’Inde. La culture matriarcale préhistorique en Iran, au Moyen-Orient et en Europe s’est fusionnée, vers 2000 avant J.-C., avec la culture patriarcale des migrants. Á l’origine, les déesses terrestres partageaient leur domaine avec les dieux et les forces masculines, jusqu’à ce qu’elles cèdent la place au(x) dieu(x) célestes des religions monothéistes : le judaïsme, le christianisme et l’islam.

La confrérie idéaliste des hommes du soufisme et de la franc-maçonnerie ne parle à l’imagination que lorsqu’il y a une véritable ouverture d’esprit et un sentiment d’amitié, comme lors de ce fameux vendredi, premier jour de la semaine musulmane. Ce lien puissant se manifeste également parmi les femmes – Colette en a fait l’expérience plus d’une fois. Toutes les femmes sont belles, déclare notre guide en tchador lors d’une visite de la grande mosquée congrégationaliste de Chiraz. La culture de Chiraz est imprégnée de beauté. Le grand portail de la mosquée de Kasiem n’est orné que de fleurs et de motifs géométriques. Si les mosquées, mausolées, palais, maisons traditionnelles et jardins sont tellement beaux, les femmes et les hommes qui vivent ici le sont aussi.

L’Institut iranien de philosophie
Lundi 22 mai 2017. Pazouki demande qu’un taxi vienne nous chercher à l’hôtel pour nous emmener à une réunion à l’Institut iranien de philosophie. En arrivant nous voyons d’abord un jardin, soigneusement dessiné et entretenu. Le jardin : une métaphore pour le paradis. Entre l’animation des rues où autobus, camions, taxis, voitures et piétons progressent lentement mais sans hésitation dans un chassé-croisé continuel, et le silence de ce jardin, la transition ne pourrait pas être plus grande.
Bien qu’elle soit terrifiante, j’aime la circulation. Le plus surprenant, c’est la manière dont chacun observe tout. Ce ne sont pas le code de la route et des feux de signalisation qui déterminent les choses, mais la souplesse inattendue des conducteurs et des piétons. Les femmes sont les plus habiles. Si l’on dispose de sentiments anarchiques suffisants, la circulation possède une sorte de beauté absurde.

Une telle société l’emporte sur n’importe quel tyran ou dictateur
Seule une société dont les membres communiquent quotidiennement et sont toujours prêts à s’entraider est capable de gérer un tel « chaos organisé ». En Iran, la circulation urbaine est une démonstration permanente de l’essai d’Ilya Prigogine et Isabelle Stengers, La Nouvelle alliance.
Une telle société l’emporte sur n’importe quel tyran ou dictateur, si la répression étatique dure trop longtemps et devient trop violente. Le dernier shah de la dynastie Pahlevi (1925) a discrètement quitté le pays à la mi-janvier 1979. Il a fait place à l’ayatollah Rouholla Khomeini, qui, après quinze ans d’exil, est revenu à Téhéran le 1er février. Michel Foucault était à Orly parmi la foule venue entendre ses adieux. Khomeini est arrivé sur la vague d’un million de manifestants dans les rues de Téhéran pour prendre la tête du gouvernement. Après un début avec plusieurs partis politiques, une république islamique fut instaurée à l’issue d’un référendum organisé le 1er avril 1979. Depuis, le pouvoir est légalement entre les mains du clergé. Le contexte politique est passé de la laïcité à la religion, mais le reste a suivi le même modèle qu’auparavant. Les formes ne changent pas si facilement.
Ni les laïques, ni les oulémas (juristes et scribes musulmans) n’osent faire confiance au cœur humain. C’est pourquoi les autorités religieuses se méfient des soufis.
Shahram Pazouki avait invité ses collègues à une réunion qui devait durer deux heures et demie. Il nous présenta en précisant que nous avons voyagé plus de trois semaines sans guide – « chose qui arrive rarement ! »

Téhéran – Qom – Yazd – Kerman – Chiraz – Ispahan – Téhéran : environ 2800 kilomètres.

Nous abordons divers sujets : 1) comment l’espace et le temps déterminent la vision du monde ; 2) il n’existe pas de contradictions logiques au sein des réalités physiques et biologiques ; 3) l’Iran entre l’Orient et l’Occident ; 4) le fossé entre la laïcité et la religion. Ce dernier sujet, en particulier, soulève de nombreuses questions. Mes collègues sont plus sceptiques que moi. Ils n’envisagent aucune, ou pratiquement aucune solution.
Pour moi, ce contraste n’est pas contradictoire mais représente un rapport polaire yin-yang. La Première Renaissance du Quattrocento (le mouvement italien du XVe siècle) avait établi un dialogue fructueux entre les anciennes cultures égyptienne, grecque et romaine, et le christianisme du haut Moyen Âge.
Après sa création, en 1989, l’Université pour les études humanistes d’Utrecht, aux Pays-Bas, a choisi les Lumières (= la laïcité) comme fondation philosophique. J’ai soutenu la Renaissance en tant que source de recherche. Pourquoi ? Justement pour des raisons qui, dans le monde d’aujourd’hui, entraînent une rupture dogmatique entre les domaines de l’intelligence humaine et des besoins humains : la laïcité et la religion.

Le chemin vers le haut et le chemin vers le bas est le même
Blaise Pascal (1623-1662), le philosophe et mathématicien, a dit : « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. » C’est la base de toute réponse sérieuse à la question du fossé entre les deux domaines.
Nous soutenons que la nature humaine est « divine » de par son origine, parce qu’elle est capable, grâce à son imagination créatrice, d’explorer la nature, de se poser les questions les plus divergentes et, au final, d’aboutir à une compréhension semblable à celle d’Héraclite (vers 540-480 av. J.-C.) : Le chemin vers le haut et le chemin vers le bas est le même.
Shaham Pazouki et moi partageons la même vision de la nature humaine et d’un désir intuitif de beauté, de vérité et de bonté. Tous les enfants manifestent cette aspiration et sont capables de s’adapter à n’importe quelle culture. Les enfants représentent la réponse aux problèmes des adultes. Ils sont conscients de l’unicité et de l’entièreté de tout ce qui existe.

David Bohm (1917-1992) décrit l’échange interactif entre tout ce qui existe dans La plénitude de l’Univers (Wholeness and the Implicate Order) : Je dirais que, dans mes travaux scientifiques et philosophiques, je me suis surtout attaché à comprendre la nature de la réalité en général, et de la conscience en particulier, comme un ensemble cohérent qui n’est jamais statique ou complet, mais en état de flux et de changement constant… ».

Albert Einstein voyait en Bohm son successeur, parce qu’il réalisait qu’il est impossible de résoudre un problème à partir du point où ce problème est apparu. Si nous ne voyons pas cette vérité élémentaire, la religion et la laïcité ne sortiront pas de l’impasse tant que les deux parties ne rebrousseront pas chemin pour revenir à la case départ. 

L’islam a un problème
Nous avons rencontré, dans notre hôtel, un Musulman français qui s’intéressait beaucoup au christianisme. Il nous a raconté sa conversation avec un salafiste qui lui dit dans hésiter : « Il vaudrait mieux pour vous, et pour moi aussi, que je vous tue ; ce serait encore mieux si vous alliez en Israël plutôt qu’en Iran. »
Telle est la haine de ce salafiste envers l’Iran et les Musulmans apostats. Si beaucoup de Musulmans pensent de la même façon, l’islam a un problème.

Nasr Hamid Abu Zayd (1943-2010) à propos des êtres humains et des religions
« La religion est façonnée par le peuple. La Vérité, avec un V majuscule, est le concept le plus dangereux qui soit, et il permet aux gens de s’entre-tuer. »
Encore une fois, aucun problème ne peut être résolu sans comprendre que les être humains sont à l’origine de leurs problèmes, plutôt que la Nature ou Dieu. Le soufisme est un rapprochement entre l’Orient et l’Occident, et entre le cœur et la raison.

Un tchador noir
Notre dernier voyage en bus, d’Ispahan à Téhéran, s’achève dans le sud de la capitale. Je demande à un passager comment aller à la place Khomeini, au centre de Téhéran. Pour chercher, il prend son iPhone, comme tout le monde.

Soudain, une femme vêtue d’un tchador noir me tend son portable. J’écoute : un homme me dit, en anglais, qu’il vaut mieux prendre le métro. Nous trouverons la station au coin de la gare routière sud. Je remercie l’homme, rends le portable à la femme, qui a un visage amical. Elle avait passé six heures assise tranquillement dans le bus, non loin de nous.

Deux femmes : « Allons-nous voter – oui ou non ? »
Une responsable de Lufthansa rencontrée par hasard propose de nous aider pour réserver le vol de retour à Amsterdam. Elle connaît bien les procédures de Turkish Airlines, bien qu’elle ne collabore pas avec cette compagnie. Lorsque nous entrons dans son bureau, elle dit : « Je vous attendais déjà. »
C’est le lendemain des élections présidentielles en Iran. Le président actuel, le Dr Hassan Rouhani (68 ans), a remporté l’élection avec 58 % des votes. La responsable de Lufthansa déclare : « Je n’ai pas voté ; voilà des années que je ne vote pas parce qu’on nous fait toutes sortes de promesses avant les élections, mais elles sont tout de suite oubliées. » Elle parle parfaitement l’anglais. Elle me demande si j’accepterais une invitation à visiter à nouveau l’Iran. Sa question me surprend. Je hoche la tête – « oui ».
Trois heures plus tard, nous visitons la Bibliothèque nationale et le musée Malek, un gigantesque bâtiment qui abrite une collection exceptionnelle de pièces de monnaie, des textes calligraphiés et d’innombrables manuscrits. Nous rencontrons Roshanak, la conservatrice. Elle aussi parle bien anglais. Elle ne voulait pas voter mais, après de longues délibérations avec des amis, ceux-ci l’ont convaincue de se rendre aux urnes.
La franchise des deux femmes est désarmante.

L’athéisme et la religion ne s’excluent pas mutuellement
L’Iran et le soufisme sont jumeaux, en dépit de l’attitude critique du clergé. La spontanéité, la volonté d’aider et l’attitude ouverte des Iraniens, leur amour des poètes soufis, les mosquées et les mausolées sont les fruits d’une vision du monde profondément religieuse où l’athéisme a également sa place. Même Zoroastre n’est jamais loin.
Hafez n’écrit-il pas, dans The Ocean of nothingness (L’Océan de vide) : « Quelle est la différence entre le monastère et le couvent des magiciens ? Pas grand-chose ! »
Des millions de jeunes Iraniens énergiques et talentueux abattront les murs invisibles qui les entourent, lorsque le moment sera venu.
L’Iran et l’Europe ont une histoire commune. Darius est le nom du fils (3 ans) de Jamshidi. S’il était européen, il pourrait se nommer Alexandre. Les religions européennes sont nées en Iran, en Grèce, à Rome, en Palestine et à La Mecque.
Les valeurs laïques proviennent de ces sources. Qu’est-ce qui ne va pas ?

L’Iran et l’Europe s’inspireront-ils mutuellement au XXIe siècle ?

Avec mes meilleures pensées,

 

Fons Elders

Printemps 2017

La Source, St. Jean de Valériscle, Gard, France

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